Titre
Avant-proposAprès Wüstenfuchs en 1940, voici Lightning Joe en 1944. Cette chronique itinéraire permet de découvrir un résumé du passage de la Meuse par les troupes américaines en septembre 1944, du moins sur l’écran de votre ordinateur. Un livre, deux ou trois cartes et une bonne soirée de préparation vous offrira l’occasion de découvrir sur le terrain une très belle contrée décrite par l’historien Joseph Mittelman comme le Colorado belge, ni plus, ni moins. Et pourtant pour les GI’s, après une course à l’ennemi en terrain vaguement vallonné, l’arrivée sur le plateau face à la Meuse devait être une surprise. Il suffit de contempler le ‘pays’ en hiver, avec la neige qui s’accroche aux pans de roche. A ce moment-là, se révèle un relief difficile. Dans les bouquins, on trouve un chapitre, quelques paragraphes, parfois une poignée de lignes. Après consultation près des National Archives américaines et la commande des ‘rapports d’actions’ des régiments impliqués, les instances touristiques officielles sont contactées et le nom d’un historien local révélé : Henri Léonard. A quoi bon réinventer la roue, il possédait les journaux de marche des régiments et après traduction de ceux-ci il avait publié une monographie absolument passionnante. Suivent des coups de fil et un rendez-vous est fixé dans sa chère entité d’Hastière : été indien ! C’est là que tout s’est passé en septembre 1944 pour la zone de combats entre Givet et Dinant.

Robert DEHON
De la Seine à la Meuse.La bataille de Normandie achevée, les armées du Reich retraitent. Les Canadiens suivent les côtes de la Manche, les Polonais vers Gand, les Britanniques vers Bruxelles, les Américains, après la libération de Paris avec les unités françaises de Leclerc, contournent la capitale par le sud et foncent vers la Belgique. Il s’agit de la First US Army sous le commandement du General Courtney Hicks Hodges comprenant trois corps d’armée : le XIX, objectifs Douai, Cambrai et Tournai ; le V, Le Cateau et Valenciennes ; et le VII, Laon, Saint-Quentin, Hirson et Mons. Ce VII Corps est commandé par Major General Joseph Lawton « Lightning Joe » Collins. La poche de Mons étant réduite par d’autres éléments américains, la 9e Division d’infanterie mécanisée dont le blason est l’Octofoil, l’iris à huit pétales, reçoit pour objectif la Meuse et met le cap plein est.
carte

L’avance, très schématisée, des régiments US vers la Meuse sur fond de carte GSGS de juin 1944 en tons de gris (sinon ce serait illisible !), le 39 CT passe à quelques km sur la gauche du 60 CT (carte RD).

Pour ne nommer que les principaux groupes la constituant, elle aligne la Third Armored Division, le 47th Infantry Regiment – les Raiders -, le 39rd Infantry Regiment – les Falcons -, le 60th Field Artillery Bataillon et le 60th Infantry Regiment – les Go-Devils -. Chaque régiment d’infanterie se divise en trois bataillons, deux à l’attaque et l’autre en réserve ; ceux-ci se subdivisant en compagnies, pelotons et d’autres groupes. Ces unités peuvent être coordonnées avec d’autres selon la situation sur le terrain pour former des Combat Teams (CT), expression employée ci-après à l’instar de Mittelman, exemple : 1/60 CT signifie le premier bataillon du 60e régiment d’infanterie. Sera aussi utilisé le terme Coy pour Company (compagnie) précédé d’une lettre, B Coy veut dire la compagnie Bravo.
Le problème des Alliés après la traversée de la Seine se révèle simple : il faut casser la retraite nazie avant que les troupes ne puissent se regrouper sur la frontière du Reich et sa célèbre ligne Siegfried, nommée par eux le Westwall. Seule la vitesse d’avancement compte, avec prise de risques.
Les itinéraires vers la Meuse.
Sur le terrain si l’on compare avec des photos d’époque, la première constatation évidente réside dans la modification du paysage : beaucoup a changé, un bosquet est devenu un bois, l’urbanisation importante tout comme la modernisation des voies de communication. Ceci dit, les paysages traversés ont gardé leur splendeur.

cendron
Le Mémorial de facture moderne de Cendron, érigé en 1953, se situe à deux pas de la rivière Wartoise ; les étangs à proximité n’existaient pas à l’époque (RD).
Le 2 septembre 1944, le 60 CT au complet, venant d’Aubenton, passe à 09h30, heure belge, la frontière belge à Cendron, au-dessus du petit pont de la Wartoise. Un poste de commandant et un hôpital de campagne sont installés à la ferme de Cendron, de même les clôtures des pâtures sont abattues afin de permettre à des Aeronca L-3B Grasshoppers d’observation d’atterrir, les fameux Piper Cub.
monceau
Le Mémorial de Monceau-Imbréchies se voit borné par un canon de DCA Bofors et un char M 47 Patton, tous deux prêtés par le Tank Museum du Musée Royal de l’Armée. En contrebas, se trouve le Musée animé par Paul Delahaye, président de la Fondation Belgo-Américaine ; le 2nd Lieutenant Claude Cook est abattu dans ce bâtiment le 2 septembre vers 11 heures : première victime de nos Libérateurs sur le sol belge (RD).
La progression se poursuit par Seloignes vers Monceau-Imbréchies… où de l’artillerie allemande tire à partir de Macon sur les éléments de pointe des Go-Devils. Les premières victimes de nos Libérateurs tombent ! La ville est ensuite abandonnée par les Allemands qui retraitent vers la Meuse, il s’agit entre autres unités de la 2. SS Panzer-Division, celle-là même qui a commis la destruction d’Oradour-sur-Glane.
onhaye
La longue route droite en provenance de Philippeville, ici à Onhaye, était l’axe de pénétration des régiments et de leurs charrois ; Florennes n’étant pas loin, on rencontre des curiosités… (RD).
Le 3 septembre voit le regroupement des régiments : Chimay, Couvin et Philippeville sont libérés. Le 39 CT a pour objectif le nord de Dinant tandis que les Raiders, en réserve de la division, et 60 CT vont collaborer quasiment en parallèle vers le sud de la cité mosane, en direction d’Hastière. La ville de Givet et son splendide Fort de Charlemont sont ignorés afin d’éviter des combats de rues toujours meurtriers. Le 4 septembre, le 47 CT installe son PC au château La Forge à Anthée. Le 60 CT partage deux de ses bataillons sur les routes suivantes : le 1/60 CT et le 3/60 CT emprunte la voie vers Rosée puis Anthée, tandis que le 2/60 CT prend une route plus sinueuse via Villers-le-Gambon et Gochenée. La mise en place des acteurs se précise, du plateau à 260 m d’altitude ils approchent la Meuse à 100 m, une descente en cavalcade qui a dû étonner quelques chefs de char et chauffer les chenilles.
carrière
De g. à d. : les patrouilles d’éclairage empruntent cette ravine vers le fleuve, aujourd’hui bien embroussaillée et peuplée de renards ; sur le site de la carrière s’installe un poste de commandement ; la carrière désaffectée (RD).
Entrant à Agimont le 4 septembre, un civil indique que les Allemands se sont retranchés sur les hauteurs de Heer. Des troupes aguerries, à savoir le 1. et 2. Bataillon du 4. SS Panzer-Grenadier Regiment Der Führer appartenant à la 2. SS Panzer-Division Das Reich sous le commandant de l’Obersturmbannfürher Otto Weidinger, nazi implacable, dont le PC est situé à HulsonniauxEn début d’après-midi, la E Coy du 2/60 CT effectue une reconnaissance vers la Meuse et essuie quelques tirs ennemis. Se dissimulant dans la tranchée de la voie ferroviaire qui longe le fleuve, entre le Café français et le blockhaus de la Ligne Maginot nord au niveau de l’écluse, la E Coy peut observer le pont dûment dynamité et les Allemands sur la rive droite.
heer pont
De g. à d. : ce rempart rocheux dissimule la voie ferrée derrière lequel les premières patrouilles d’éclairage vont observer l’ennemi ; le pont dynamité de Heer se situait au centre de l’image ; le bunker de la Maginot nord près de l’écluse des Quatre Cheminées (RD).
Elle ne se doute pas qu’un poste de MG 42 est bien camouflé près de la culée du pont… et que les SS les observent pareillement. Pendant ce temps, le gros du 2/60 CT a installé un PC près de la carrière d’Agimont ; un obusier de 105 mm est disposé à la ferme des Onches au-dessus d’Hermeton.
ferme onches
La ferme des Onches sert aussi de PC avancé et derrière la bâtisse prend place un ‘parking’ pour le charroi militaire et son entretien ; la photo N/B évoque seulement le lieu mais il est à remarquer que le camion GMC transporte des éléments de pont Baily (RD).
Les pontonniers du 15th Engineer ne pouvant approcher le fleuve, des canots d’assaut gonflables parviennent à la E Coy. La MG 42 coule le premier dinghy mis à l’eau ; les Américains se réfugient derrière la douane et des hôtels. Des tirs sporadiques se poursuivent jusqu’au milieu de la nuit.
heer pont 2
Cet ancien hôtel, face au pont de Heer-Agimont et sur la route menant à Givet, est au centre des premiers combats ; de part et d’autre, évocations d’un canot d’assaut et de quelques GI’s sur le qui-vive (RD).
Quittant Philippeville en début de matinée, le 3/60 CT atteint, sans opposition, Anthée vers 14 heures où ils installent leur PC. Ses pelotons de reconnaissance descendent la pittoresque route de la côte d’Inzemont pour aboutir près de l’église d’Hastière-Lavaux, mais dès qu’ils approchent des berges ils sont immédiatement pris sous le feu des Allemands occupant solidement Hastière-par-Delà. Le pont a lui aussi été dynamité. Les ordres d’attaque ne parviennent qu’à 18 heures : le franchissement de la Meuse est prévu à minuit pile. Quatre résistants d’Hastière sont incorporés sous uniforme US dans la compagnie L pour Lima, courageux, certes, mais également assez inconscient – pour eux et pour l’armée américaine -, pris par l’ennemi ils auraient été battus sur place sans forme de procès. La troupe se dirige alors vers Hermeton, à l’abri du talus du chemin de fer.


Hast pont coll
Deux vues vers l’amont, le pont relie Hastière par-Delà (à g.) à Hastière-Lavaux (à d.), l’île d’Ouvreau, bien visible sur la carte postale, ce confond aujourd’hui dans les frondaisons ; depuis la superbe abbatiale romane une route étroite se dirige vers les Sorbiers (RD).
Le 5 septembre à 0h15, la K Coy du 3/60 CT lance ses canots et prend pied sur l’île d’Ouvreau… s’apercevant alors que ce n’est pas la berge droite. S’en suit un copieux mitraillage des Allemands terrés sur la forte pente devant le village de Blaimont ; c’est le site actuel du village de vacances Les Etoiles. La K Coy reflue et atteint enfin la berge avec d’autres compagnies. Blaimont est atteint après une marche forcée de nuit particulièrement ardue. A 9 heures, les Allemands contre-attaquent et le village est perdu. Ces derniers possèdent en effet des blindés sur roues lance-flammes de type SdKfz 251/16 et autre WPE, de mortiers et de mitrailleuses.
hast mémorial
Entourant le Mémorial aux Guerres d’Hastière-Lavaux, deux vues pittoresques au bas des pentes et où sont passés les régiments accompagnés de leurs éléments blindés, le fleuve est à 100 m (J. Morris & RD).
Parallèlement à l’attaque du K Coy, les autres compagnies investissent Hastière-par-Delà et la construction d’un pont de bateaux est entamée. Le 1/60 CT se place en attente de franchissement après avoir suivi le même trajet du 3/60 CT. Pendant ce temps, la 2/60 CT et ses diverses compagnies, toujours à Heer-Agimont, entreprennent les opérations à 2 heures de la nuit, sans appui d’artillerie. La zone est située de part et d’autre du lieu-dit Bac-du-Prince, juste en amont de l’île d’Androssart. La traversée se passe sans problème et les compagnies passent à l’arrière de l’actuel castel Les Sorbiers pour monter la pente vers Blaimont. Si l’incursion américaine est surprenante de par sa facilité, la surprise est aussi du côté des troupes SS, mais ils réagissent vite. En fait les compagnies américaines se sont glissées entre le 1. et 2. Bataillon du 4. Regiment Der Führer. Ceux-ci contre-attaquent avec force, si bien que les compagnies US sont encerclées. Sauve qui peut ! Elles se divisent en trois groupes qui tentent de rejoindre la berge ou fuir par la route des Sorbiers vers Hastière-par-Delà, soit le long de la berge droite de la Meuse. Ceci sur un terrain traitre fait de bois et de roches. Les compagnies des Go-Devils sont dans une mauvaise passe. De 50 à une centaine de prisonniers et des pertes : Der Führer propose même une reddition pure et simple. La déficience de reconnaissance, le manque de support d’artillerie, l’impréparation, le planning mal achevé sont les causes de cet échec du 6 septembre.
sorbiers
Paisibles Sorbiers et son castel construit en 1909, le bâtiment du fond n’existait pas lors de l’attaque, double vue sur l’île d’Androssart dont le boisement est très nettement plus fourni qu’à l’époque (RD).
La veille, les Raiders suivent quasiment à la trace le 60 CT, le 1/47 CT descend vers Agimont tandis que le 3/47 CT bifurque à hauteur de la ferme des Onches pour atteindre l’arrière d’Hermeton, puis la berge de la Meuse. De nos jours se trajet n’est accessible qu’aux tracteurs agricoles ! Le 1/47 CT devait passer au Bac du Prince, il est toutefois décidé de traverser à minuit plus en aval. Nuit noire et à nouveau reconnaissance faible des lieux : les canots d’assaut mettent près d’une heure pour aboutir sur l’autre rive… Erreur à nouveau ! Ils crapahutent sur l’île d’Androssart avec sur la rive droite Les Sorbiers. Erreur qui engendre du bruit et une MG 42 tire efficacement sur les GI’s, retour en désordre sur la berge ouest avec pertes.
Blaimont
Village linéaire typique des Ardennes mosanes, Blaimont respire la tranquillité après les âpres combats de septembre 1944, il faut simplement s’y balader pour rencontrer de belles rousses… (RD).
Le 1/47 CT relance sa traversée sur les pas du 3/47 CT qui a déjà franchi, toujours en aval, et celle-ci réussit. Par contre, la situation devient de plus en plus confuse. Les compagnies de nos deux régiments et leurs pelotons s’entremêlent dans cette aube fatidique avec pertes et fracas. Malgré une dotation en mitrailleuses lourdes correctes, les Américains sont sous le feu de tirs de mortiers et des MG 42. La C Coy tombe dans une embuscade : 149 prisonniers ! Les contre-attaques du Der Führer sont implacables mais les GI’s tiennent le coup sur cette pente menant au plateau et au village de Blaimont. Si vous souhaitez connaître le détail de cette passe d’arme, le livre d’Henri Léonard est indispensable, si vous voulez vous rendre compte du relief qu’affrontent les Combat Teams, seule une excursion sur le terrain vous le permettra.

Blaimont memorial
L’église dans le dos, vous arrivez à une petite place, à sa droite se situe le Mémorial du 60 CT et du 47 CT ; moment fort car on aperçoit à l’horizon la crête ouest de la Meuse et on ne peut imaginer le fleuve que dans ce repli géologique, où les GI’s ont grimpé, crapahuté avec armes et barda sous le feu des nazis ! (RD).
En fin de nuit et à l’aube du 6 septembre, le 1/60 CT passe la Meuse sous Blaimont ; le 3/60 CT se trouve à Hastière-par-Delà afin de nettoyer l’entité et protéger le génie qui construit un pont de bateaux. Le 1/47 CT participe à l’attaque. Mais les blindés sur roues SS, SdKfz 251 et SPW, ralentissent sévèrement la progression américaine, certains sont détruits au bazooka. Les MG 42 et des mortiers assomment les Américains si bien que la C Coy du 1/60 CT doit se protéger dans les maisons du village. L’effort s’avère malgré tout payant, les GI’s tiennent une partie de Blaimont, d’autres l’encercle par le sud et la B Coy a atteint le bois à l’ouest.
Tank Troop
Le cliché est connu et pris ‘dans la région’, on y voit un char Sherman toujours équipé de ses mâchoires Cullin utilisées dans le bocage normand, ce tank a donc fait un bon bout de chemin ; les soldats posent sans doute pour le photographe mais quand ils approchaient de la Meuse dans l’obscurité totale, ils se tenaient par le ceinturon ; pour les amateurs, le dernier GI serre un BAR ; hormis les belles rousses, des rencontres fortuites peuvent aussi arriver, telle cette splendide Jeep (RD & merci au propriétaire de l’engin).


L’artillerie intervient et pilonne le bois à l’est. Dans les environs de 13 heures, les Allemands retraitent. En milieu d’après-midi, le pont est achevé et le 3/60 CT ainsi que le 3/47 CT se rejoignent à Blaimont pour avancer sur la route vers le hameau des Quatre Chemins. Le soir ils sont à nouveau sous le tir d’artillerie et de mortiers, sans conséquence. Le village subit d’importantes destructions, sans oublier les exactions de la soldatesque enragée de la SS : exécutions sordides de blaimontois !
Le passage de la Meuse au sud de Dinant a nécessité cinq journées et deux nuits de combat. La poursuite des troupes nazies est engagée… jusqu’au Westwall !

Pendant ce temps, les Falcons se trouvent bloqués, sous le feu de l’ennemi, sur la rive gauche du fleuve, à Houx. Une prochaine chronique itinéraire contera le passage de la Meuse entre Namur et Dinant. Elle se terminera, bien entendu, dans cette célèbre citée mosane, juste retour des choses.
La curieuse histoire du tank d’Hermeton-sur-Meuse.
A l’évidence, les combats du 6 septembre à Blaimont ont été durs. Une trentaine de GI’s blessés sont soignés et évacués par le détachement médical du 3/60 CT avec une bravoure qui sera récompensée par une citation à l’ordre du jour. Sous les obus, le détachement redescend la déclivité et, après avoir récupéré des canots à la nage, parviennent à faire traverser les blessés sur la rive gauche. A quelques pas se situe la maison du docteur dentiste Paul Michel ; il ouvre ses portes avec courage pour l’installation d’une antenne médicale, cette initiative permet de sauver de nombreuses vies.
hermeton tank
Le Mémorial d’Hermeton : son Sherman (incomplet, il manque le masque de canon dit ‘rotor shield’ et la flasque crantée droite), la dalle commémorative et un peu plus loin la villa blanche qui servit d’hôpital de terrain (RD).
En 1948, en remerciement de l’US Army et pour conforter le projet d’un Mémorial à Hermeton, à proximité de sa maison, le docteur Michel se voit confier un char Sherman de type M4A3E2 Jumbo. Les circonstances exactes de ce ‘prêt’ s’avèrent toujours peu claires. Le temps passe… une cinquantaine d’années ! Un jour, pour des raisons curieuses, la famille Michel déclare vouloir récupérer le char, arguant qu’il est leur possession : tollé dans l’entité où chacun y va de son avis contradictoire ! La municipalité contacte alors à la fois l’ambassade des Etats-Unis et le Tank Museum du Musée Royal de l’Armée pour y voir clair. L’ambassade confirme que le char Jumbo est toujours sur la liste des matériels de l’armée. Tandis que le Tank Museum fait remarquer avec justesse que ce type de char est rare, très rare.
Jumbo
Le Jumbo exposé en son temps dans la Cour Carrée du MRA, notez l’épaisseur du sur-blindage bien visible sur les flancs (RD).
En effet, il ne fut fabriqué qu’à 260 exemplaires pour un total tous types inclus de 49.234 ! En fait, le Jumbo est un Sherman dont le blindage était spécialement épais afin de pouvoir confronter les Tiger allemands et doté d’un canon performant. L’affaire est entendue, le Jumbo passe dans la collection du Tank Museum et ce dernier prête un Sherman de type plus commun, un M4A4. Et le 8 décembre 1994, devant une foule mécontente, l’échange se passe. Accroché dans la haie à gauche du Mémorial subsiste un panneau assez rageur : la petite histoire se mêle à la grande !

Robert Dehon

Postface

Il est évident que dans le cadre limité de cette chronique certains aspects patrimoniaux extérieurs à l’épisode de guerre ne sont pas cités, pourtant pour ceux d’entre vous qui emprunteraient les routes citées aisément repérables sur les illustrations, des arrêts ‘contemplation’ méritent… aucun détour ou si peu. Le château de Fontaine en est un exemple. Si vous démarrez à Cendron et remontez vers Philippeville, pensez que Florenne et sa base d’aviation mérite aussi le détour. Vous y trouvez – à l’intérieur de celle-ci – le splendide Spitfire Museum.
Spit mus
Le hall principal est consacré à l’histoire des escadrilles de Florennes avec ce splendide Spitfire Mk XIV de reconnaissance, l’autre hall présente les principaux appareils qui ont opéré depuis la base : superbe ! (RD).
Afin de bien préparer votre itinéraire, voici quelques adresses Internet :
Musée de Monceau-Imbréchies : http://www.momignies.be/vie-economique/tourisme/portail-du-tourisme/visites-et-patrimoine/musee-40-45/
Spitfire Museum : http://www.museespitfire.be/ (munissez-vous de votre carte d’identité car il se situe dans la base J. Offenberg 2W TAC)
Hastière : http://www.hastiere.be/
Tourisme Dinant : http://www.dinant-tourisme.com/index.php?langue=fr

Notes

Wüstenfuchs, le ‘Renard du désert’, surnom de Rommel alors qu’il ne l’était pas encore en 40 ; Lightning Joe, ‘Joe l’éclair’, surnom de Collins alors qu’il l’était déjà en 44.
GSGS : Geographical Section, General Staff (MI 4), cartes utilisées par les armées alliées, existent en différentes échelles.
Le Sherman Jumbo : exposé dans la Cour Carrée du Tank Museum pendant plusieurs années, il a été déplacé à la caserne de Bastogne, future satellite du Musée Royal de l’Armée, choix logique car le Jumbo a fait son entrée sur le front de la Ligne Siegfried. La Cour Carrée est actuellement fermée au public pour réfection totale.
SdKfz 251/16 (Sonderkraftfahrzeug 251) et SPW (Schutzenpanzerwagen) : voir Google pour des photos de ces engins.
La majorité des sites repris dans cette chronique sont facilement accessibles quoique à proximité de propriétés privées à respecter scrupuleusement. Certaines routes sont étroites et pentues avec des lacets ; la carrière se regarde de loin et la ‘route’ menant à la ferme de Onches est un passage pour tracteurs, s’il y a des intempéries même le propriétaire d’un Humvee hésitera. Les voies bétonnées sur berge de la Meuse sont réservées aux autorités. En ‘bon père de famille’, toujours !
Les clichés ‘de guerre’ sont normalement tombés dans le domaine public, s’il subsiste un doute, contactez le site qui transmettra à l’auteur.

Remerciements

A Mme. F. Lamontagne (Office du Tourisme d’Hastière) et Mr J. Porignaux (Maison du Patrimoine d’Hastière). A Mr Jason Morris, animateur du site Internet des Go-Devils dont voici le lien : http://www.60thinfantry.com/index.php
Et bien entendu à Mr Henri Léonard qui nous a fait l’amitié de partager sa connaissance des faits de guerre ainsi que les arcanes du terrain.

Sources et pour en savoir plus :

« Lightning Joe : an autobiography », J. Lawton Collins, Louisiana State University Press, 1979.
« Eight Stars to Victory », Joseph B. Mittelman, The Battery Press, 1948 (réimpression).
« Septembre 1944, Hastière, 4 jours avec les Américains de la 9th US ID », Henri Léonard, Les Amis d’Agimont, 2007. Etant donné que cet ouvrage est édité en autoproduction et non diffusé dans le circuit normal, prière de prendre contact avec l’auteur : Rue du Bac du Prince 71, 5544 Heer-Agimont (082/645779).
« Cendron Liberté », Paul Delahaye, Imprimerie provinciale du Hainaut, 2009.
« Cendron 44 », André Nicolas & André Depienne, auto-production, ca. 1990.
« Dinant 1940/1945 », Jacques Olivier & Eddy Piot, Editions De Krijger, 2000.
« Les deux guerres 1914-1918/1940-1945, Hastière/Waulsort », 4 tomes, Abbé Albert Pirotte, Musée et Patrimoine d’Hastière & Syndicat d’Initiative d’Hastière s/Meuse, date de parution inconnue.
« België 44 : de bevrijding », Peter Taghon, Lannoo, 1994.
« 1944, la poursuite Alliée », Ronald MacNair, Editions Heimdal, 2000.
Photocopies des « After Actions Reports » : 9th INF DIV & 47th INF DIV, US National Archives (2010).
 
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